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Vivre libre en Haïti, le rêve perdu

Auteur: Denis Douvens Castelly

Vivre libre en Haïti, le rêve perdu

Personne ne peut nier l’importance de la bonne révolution haïtienne dans l'histoire de l'humanité . Tout a commencé plus de deux siècles de cela, plus précisément en 1625. Des aventuriers français se sont installés à l’île de la tortue, sur la côte ouest de l'île laquelle deviendra en 1665 une colonie française sous les ordres de Bertrand d’Ogeron. Elle sera reconnue officiellement le 07 septembre 1697 par le traité de Ryswick.

Dans le but de rendre prospère cette nouvelle colonie, les français ont fait venir des noirs d’Afrique par le biais du commerce des nègres d’Afrique.

À partir de la main-d’œuvre des esclaves, Saint-Domingue était une  colonie florissante à la veille de la révolution, ce qui lui a valu à juste titre la qualification : "Perle des Antilles"

Les ondes de choc de la révolution Haïtienne

Haïti terre de bravoure et de liberté.

Après plusieurs années de travail et de souffrances, les esclaves décident de se révolter.

Dans la nuit du 22 au 23 août 1791, plus de 15 000 esclaves noirs équipés d’armes rudimentaires se rebellent dans le nord. Ils déferlent sur les plantations, mettent le feu aux habitations, aux granges, aux champs. Des centaines de colons français sont massacrés. En quelques heures, les riches exploitations de la «perle des Antilles» ne sont plus que ruines.

Dans l’inquiétude de perdre la colonie, la France envoie une commission civile, ayant à sa tête Sonthonax. Ce dernier a le plein pouvoir de faire appliquer la loi, de rétablir l’autorité de la France et d’inciter les esclaves à retourner aux plantations. Le commissaire plénipotentiaire opte pour la négociation mais plus tard va payer très chère sa négrophilie. Il sera contraint à l'exil à l'arrivée au pouvoir de Bonaparte. Ce dernier ne lésine pas sur les moyens afin de rétablir l'esclavage dans cette colonie révoltée.

L'emprisonnement du leader Toussaint Louverture n'a pas pour autant calmer l'ardeur des esclaves de Saint-Domingue à recouvrer leur liberté.

À la nouvelle du rétablissement de l’esclavage décrété par Bonaparte le 20 mai 1802, les Noirs de Saint-Domingue se sont ligué à nouveau contre le corps expéditionnaire. Les combats étaient féroces, les massacres, de part et d’autre, impitoyables. Entre-temps les troupes françaises font face à la fièvre jaune qui emporte leur chef le général Leclerc. Son successeur, le général de Rochambeau, ne parvient pas, en dépit d’un renfort de 10 000 hommes, à inverser le cours de l’histoire. Assiégés dans le fort de Vertières par l’armée de Dessalines, les Français ont été contraints de capituler. Et en ce jour, le Spartacus antillais, en l’occurrence Dessalines, a prononcé un discours :

. « Je ne veux garder avec moi que des braves. Que ceux qui veulent redevenir des esclaves français sortent du fort. Que ceux, au contraire, qui veulent mourir en hommes libres se rangent autour de moi. »

Une analyse profonde nous pousse à comprendre que le concept liberté fait partie du quotidien de l’Haïtien. C'était le plus grand rêve de nos ancêtres à une époque où le droit à la liberté n'était réservé qu'à une catégorie dans le monde.

Par son accession à l'indépendance, ce pays est le premier à prôner haut et fort le droit à la liberté pour tous. Dessalines lui-même a déclaré: <<Peu importe sa couleur de peau, son origine, son statut dès qu’il foule le sol haïtien il est libre>>.

Toutefois, aujourd'hui, tenant compte de la misère, des crises auxquelles fait face le pays, massacres assassinats, problème de gouvernance, peut-on toujours maintenir cette même fierté, dire que nous sommes une terre de liberté ?

De jours en jours, Haïti devient un pays où les habitants connaissent le mot "vivre" que dans le dictionnaire. Le despotisme s'immisce, s'installe, part et revient sous d'autres formes. Les droits fondamentaux sont violés,  le culte de la pensée unique s'impose. Pas question de réclamer ce qui nous revient de droit.

L’Haïtien n’est pas libre de dire ce qu’il pense, de mener une lutte pour une cause.

Ceux qui ont osé le faire, ceux qui ont osé lever la tête regardent à présent leurs pouces bien loin du monde des vivants. Étudiants, journalistes, avocats, politiques, une liste longue qui ne cesse de voir d'autres noms s'ajouter.

Faire usage de la liberté d’expression, du droit de vivre, de se révolter contre l'oppression est un risque.  Ceux qui ont peur de subir le même sort, qui n'ont pas foi dans un changement proche préfèrent quitter le navire.

C'est l'avènement de propos qui marquent le désespoir et l’envie de fuir à tout prix :

"Pa gen Dessalines ankò, m pa wè chanjman peyi sa"

"Wap mouri pou de tou je w "

Mais où est passé ce désir de rester libre ? Cette soif de  liberté qu’exprimait  Antoine Dupré dans

(Assassiné avec Dessalines) :

« Hymne à la liberté »

Défenseurs de la liberté,

Quittons nos foyers, nos compagnes ;

Du nord le tigre ensanglanté

Parait encore dans nos montagnes ;

Courons vaincre pour la patrie

Ou mourir comme des héros

Avec gloire on sort de la vie

Lorsqu’on tombe sous les drapeaux.

Volons, volons aux champs de Mars :

La liberté conduit nos étendards. "

Qu'a-t ‘on fait de cette liberté? Où est cette bravoure tant manifestée par les héros de l'indépendance?

Hélas, le doute continue de s’installer dans le cœur de l'Haïtien. La perte de nos valeurs nous a conduits au contexte précaire actuel et les conséquences s'aggraveront à l'avenir si l'on ne cultive à nouveau l’amour de la patrie et ne nourrit le désir d'être libre et de garder cette liberté.

Allons-nous continuer à vivre cet enfer?

Resterions-nous les bras croisés ?

Allons-nous opter pour la fuite ? Celles et ceux qui ont laissé leur peau pour défendre une  cause juste, afin de rétablir la terre de liberté pour laquelle ont combattu nos aïeux,  va-t-on les trahir en fuyant?

Si l'on tarde à répondre, un rappel des propos de notre libérateur est important :

"Nous avons osé être libres, osons l'être par nous-mêmes et pour nous-mêmes."

Osons réfléchir afin de prendre conscience de notre état et qu'à partir de là nous puissions réagir et faire d'Haïti cette terre de liberté,  un titre qu'elle n'aurait jamais dû perdre.

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