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Violence sur les femmes, une énième saison de la série

Auteure: Salia Edouard

Violence sur les femmes, une énième saison de la série

Le début de l'année 2021 en Haïti particulièrement est marqué par divers événements. Crimes, assassinats, séquestrations, enlèvements sont entre autres l'image  que le premier mois nous a renvoyée.  Sur ce triste tableau, les femmes sont écrites en lettre noire.

La question de féminicide est loin d'être nouveau dans le quotidien haïtien. C'est plutôt une série qui a débuté il y a de cela plus d'une décennie chez nous et depuis, chaque année au moins une fois on s'attend à apprendre la nouvelle d'une fille violée, assassinée, battue ou maltraitée par son mari ou amant ou des ravisseurs. Ces crimes sont comme un nouvel épisode d'un feuilleton, une nouvelle saison d'une série puisqu'à chaque époque, ils se présentent différemment. En décembre 2005, l’actrice Ginou Mondésir a été lâchement maltraitée  par son mari pour ensuite se retrouver dans le lieu du silence. Des gens pleurent la disparition de la célèbre présentatrice et actrice qui a laissé derrière elle un fils âgé de onze ans à l'époque. Quelques années plus tard, c'était au tour de Délizane Délivois d'être matraquée. Vient ensuite la saison "poignard" celle qui pour une nouvelle semble être en rediffusion cette année. Sonine Mathurin, Natacha Castelli et sans oublier Marlène Colin, cette jeune  jacmélienne fraîchement revenue de la République dominicaine pour ses études en sciences infirmières.  La nouvelle de l'assassinat de ces femmes a secoué les réseaux sociaux et après, les crimes n'ont-ils pas continué ? On se souvient de cette employée de la Sogebank, Jucelène Jean Charles battue à mort par son mari et la plus récente, Évelyne Sincère dont la mort a mis les quatre coins de la république en consternation. En 2021, la diffusion de cette terrifiante série n'a pas cessé si bien que tôt dans la matinée du 1er janvier, Sherley Monfort est morte assassinée par celui qui a partagé sa vie. Jepheline Beauvoir,une Gonâvienne a elle-même été mise à mort par son amant par suite de Coups de couteau. Elles n’ont pas été les seules, elles sont six jeunes filles environ à emprunter cette voie au cours de ce mois.

Elles  ont été mères, cadres qui pourraient apporter une pierre pour construire  le pays dont nous rêvons tous.  Malheureusement, elles sont  parties honteusement pour l'au-delà.

Qu'est-ce qui serait à la base de tout ça? L'on rapporte que dans certains cas, plusieurs ont été de prime abord battues, humiliées, malmenées   même par leurs compagnons de vie   mais elles ont préféré  rester dans l'enfer juste parce qu'elles voudraient sauver leur mariage. D'autres,ne pouvant subvenir à leurs besoins,acceptent la situation malgré elles. La jalousie en est parfois une cause de ces crimes, d'où on parle de crime passionnel. Des hommes,des intellectuels qui ont peut-être lu Jean Anouilh,celui qui a dit qu'il ne faut pas battre une femme même avec une fleur en sont des auteurs.

Pourrait-on remédier à cette situation ?  Mme Esther Stanislas, directrice du bureau des femmes de la VIREHA et défendresse de la cause des femmes plaide en faveur de l'éducation. Un changement de mentalité pour un changement de personne car l'éducation est capable de faire passer de l'état brut à l'état net. Il faut que les filles n'acceptent pas  de vivre  au crochet des hommes, plutôt de booster leurs études,a-t-elle déclaré à notre rédaction.  Plus loin, Mme Stanislas avance que les filles ne doivent pas peur de porter plainte. Et aux instances concernées,la directrice demande d'assurer leur responsabilité. Si les hommes savaient de prime abord qu'aux moindres erreurs,la punition était tout près,ils n'auraient pas agi ainsi. Il faut que l'État se concentre sur le cas des femmes.

Des tweets,des interventions sur les réseaux et après chaque personne se replie dans son coin. Pourquoi donc une telle décision ? Serait-ce par peur ou pour attendre le nouvel épisode ? À quand la fin de la série?

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