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Fête des philosophes : entre absurdité et pratique philosophiquement infondée

Auteur: Joame BAPTISNE

Fête des philosophes : entre absurdité et pratique philosophiquement infondée

Depuis la nuit des temps, la philosophie a toujours été une discipline controversée où se confrontent des idées, des théories et des positions. Des philosophies se sont toujours opposées, des courants antagonistes comme le matérialisme et l'idéalisme, et la dernière chose à laquelle on pourrait assister dans une démarche philosophique serait sans nul doute l'harmonie.

Socrate considéré comme le père de la philosophie antique est mort rien qu'en défendant sa philosophie. Plus loin, Damasio a affirmé que le père de la philosophie moderne en l'occurrence Descartes s'était trompé sur sa théorie sur le corps et l'âme et que Spinoza avait raison à ce sujet. En plus,  qui n'a pas admiré le duel sanglant entre les 2 tenants du siècle des Lumières en France, Voltaire et Rousseau.

En effet, la philosophie demeure la discipline la plus subjective qui soit; Aristote fut élève de Platon pendant plus de 20 ans, il eût cependant à prendre le contre-pied face à la philosophie platonicienne, d'ailleurs il eût à dire, "Platon m'est cher, certes, mais la vérité me l'est encore davantage". Alors qui pourrait prétendre avoir le monopole de la vérité, et Kant considère-t-il à raison qu'on ne peut aucunement apprendre la philosophie mais plutôt apprendre à philosopher.

Alors la fête dite des philosophes est-elle vraiment celle de la philosophie ? Quel serait le sens et l'essence de cette activité festive qui n'a rien de philosophique pour certains observateurs?

De Beauvoir et Sartre, le couple le plus connu des philosophes français faisait beaucoup la fête.  Et ce n’était pas en contradiction avec leur pensée philosophique de l’existentialisme, qui peut se résumer vaguement par l’absence de sens de l’existence individuelle. Pour eux, faire la fête était  étroitement lié à leur philosophie, avec leur idée de vivre pleinement tout ce que la vie a à offrir. La fête est vue comme un tourbillon permettant de libérer son imagination et sa créativité. Une fête existentialiste diront certains.

Mais revenons à la fameuse fête des philosophes, avec Saint Thomas d'Aquin comme patron, n'avons-nous pas toujours appris que la philosophie n'est pas dogmatique et tout ce qui s'apparente à la religion s'éloigne progressivement d'une démarche philosophique.

Saint Thomas d'Aquin, si vraiment il serait saint pour les philosophes, devraient-ils alors l'adorer et le vénérer ?

Par ailleurs, nombre de penseurs avancent que « l'étonnement » se trouve au cœur de la philosophie. Certes, la philosophie est issue de cette tendance naturelle chez les humains à s'étonner d'eux-mêmes et du monde dans lequel ils vivent.

Donc cette discipline qui se veut « sagesse » nous apprend à réfléchir sur la réflexion, à remettre en question des vérités bien établies, à vérifier des hypothèses et à trouver des conclusions. Comme l'a si bien fait Descartes dans ses fameuses méditations métaphysiques qui lui a permis d'être considéré comme le père de la philosophie dite moderne.

Alors comment un religieux fanatique est-il devenu le saint patron d'une telle discipline, aussi exigeante et controversée, en sachant notamment que la philosophie et la religion se sont toujours opposées. D'ailleurs, Thomas d'Aquin est vivement décrié pour sa vaine tentative absurde de concilier la religion et la philosophie et Spinoza s'y est catégoriquement opposé en fervent défenseur de la raison dans son traité sur la théologie et la philosophie.

Autres préoccupations, pourquoi des bacheliers, des élèves en terminales qui n'ont rien de philosophes, pourquoi sont-ils les principaux concernés de ces festivités dites philosophiques.

A ce que j'en sache, même un étudiant en philosophie et même un licencié en philosophie, ne pourraient prétendre être philosophes, les professeurs en philosophie ne le sont encore moins. La philosophie n'est-elle pas une activité de l'esprit d'où la maïeutique de Socrate, la pensée radicalement matérialiste de La Mettrie, la folie de Nietzsche, ou la théorie naturaliste de Rousseau.

Alors, comment s'est-on mis d'accord, paradoxalement dans le monde philosophique, sur le choix de la date de l’anniversaire de naissance de celui qui fut proclamé saint patron des écoles et des universités catholiques pour en faire la date de la célébration de la « fête des philosophes » soit le 28 janvier. Comment ce qui appartient à une religion s’est installé sous forme d’universel.

Honnêtement, c'est purement de l'hypocrisie, et de la malhonnêteté. Quelques rares bacheliers seront à même de produire une réflexion plus ou moins constructive et cohérente quoi que imprégnée de certaines idées boiteuses sur un sujet donné, avec notamment une fébrilité déconcertante en se référant justement à un sens critique et d'un esprit ordonné.

Aristote est devenu philosophe, pas en intégrant l'académie de Platon,  d'ailleurs il n'était pas le seul, mais il réside le seul dont nous ne cessions de parler et d'étudier les œuvres.

Il est devenu philosophe grâce à ses réflexions, ses théories, ses écrits bouleversants et ses pensées influençables.

Le grand Karl Marx était élève du philosophe Friedrich Hegel, mais pour devenir philosophe, il a chambardé tout un système, il a jeté les bases d'une société novatrice découlée amplement de sa philosophie communiste.

En somme, les bacheliers peuvent toujours avoir des journées de réflexions, des conférences autour de thèmes qui jalonnent leur quotidien, des débats au cours desquels ils peuvent faire passer leur point de vue, faire des propositions, mais il n'en demeure pas moins vrai  qu'ils ne sont en aucune façon des philosophes, ils n'ont rien de philosophique, sinon le nom de leur classe et le choix de la date du 28 janvier pour célébrer la raison (philosophie) reste à nos jours la plus grande bêtise de l'humanité au détriment de cette noble discipline qu'est la philosophie.

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