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Radiographie d'un système sanitaire au bord de l'effondrement

Auteur: Joame Baptisne

Radiographie d'un système sanitaire au bord de l'effondrement

Depuis plusieurs années, Haïti fait face à une crise aiguë sans précédent. À côté de la politique, l’économie et le social, le système sanitaire quant à lui est à son comble. Les structures de santé notamment celles relevant du secteur public sont en piteux état, en raison d'un manque de financement et de personnel. Ces structures de santé publique, dépassées par les événements, ne peuvent plus faire face à l’afflux de patients et aux problèmes de sécurité auxquels fait face le pays.

En Haïti, tomber malade semble être un péché mortel, les patients ne savent plus à quel saint se vouer. D’une part, les services de santé publique sont pratiquement inexistants. Et d'autres parts, les services dans les hôpitaux privés s'obtiennent à des prix exorbitants. Qui pis est, les malades ne disposant pas d’un fond de dépôt disponible avoisinant les 50.000 gourdes, ne pourront aucunement pénétrer l’enceinte de certaines de ces institutions sanitaires, parmi elles, l'hôpital du Canapé Vert.

« La crise actuelle a aggravé l’état sanitaire déjà fragile en Haïti, augmentant potentiellement les risques de mortalité. D’un côté, on constate un manque de médecins, de médicaments et de choses aussi essentielles que l’oxygène ou l’électricité dans les structures publiques, a martelé Clifton Sylvain, un médecin résident à l’hôpital universitaire La Paix ,déplorant du même coup, une augmentation des besoins pour des patients qui ne peuvent se payer des soins dans les structures privées.

Quant à l’hôpital de l'université d'Etat d'Haïti (HUEH), le plus grand centre hospitalier du pays, communément appelé « l’hôpital général », situé à Port-au-Prince, la situation est gravissime. « Sans la bonne foi de certains médecins, le nombre exponentiel de patients qui fréquentent quotidiennement l’HUEH, seraient livrés à eux-mêmes » prédit Jessica Sanon, mère d’une fillette internée audit établissement sanitaire.

« Les médecins résidents et médecins de services ne sont pas nombreux à venir travailler. Celles et ceux, qui sont consciencieux, viennent parfois ; d’autres s'en fichent » nous a expliqué Mélissa Saint-Croix, une étudiante stagiaire fréquentant depuis trois semaines un centre hospitalier du pays.

De surcroît, les résidents de l’hôpital universitaire Justinien du Cap-Haïtien, le plus grand centre hospitalier du département du nord avaient entamé une grève en raison, selon leurs griefs, des mauvaises conditions de travail. À peine sortis de la quarantaine après que plusieurs d’entre eux ont été infectés par le coronavirus, les médecins sont arrivés à l’hôpital et n’ont pas trouvé d’équipements de protection individuelle pour se protéger, sans compter les problèmes relatifs à l’électricité et à l’insalubrité, etc...

Plaidoyer en faveur d’une meilleure prise en charge

L’HUEH a un déficit d’au moins 200 infirmières, déplore, Jheff Limson un chef de service au dit établissement sanitaire, « On n’a aucune assurance que les patientes et patients reçoivent régulièrement leurs médicaments, parce qu’il n’y a pas suffisamment d’infirmières », indique-t-il, tout en soulignant que les personnels de santé sont livrés à eux-mêmes. Il appelle les autorités à prendre les dispositions nécessaires afin de rendre disponibles les matériels de protection à tout le personnel.

Entre faible accès aux soins de santé, précarité de l’état de santé de la population, la performance médiocre des principaux programmes de santé et la non-disponibilité des ressources sanitaires du pays en termes d’infrastructures et de personnel, le système sanitaire fait face à sa plus sombre histoire depuis bien des lustres.

D'après les différents constats, l’amélioration des conditions sanitaires en Haïti n’a jamais été une vraie préoccupation pour les autorités au cours de ces dernières années. Haïti ne s'investit pas suffisamment dans la santé qui, depuis des années, n'a fait que poursuivre sa véritable descente aux enfers.

La santé, traité en parent pauvre

Haïti est classé en 34e position sur la liste des 34 pays de l’Amérique qui dépensent le moins en santé, selon un rapport quinquennal de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) intitulé « Santé dans les Amériques 2017 ». Selon ce rapport, Haïti a investi moins de 2% de son produit intérieur brut (PIB) en soins de santé au cours des 10 dernières années alors que le minimum recommandé est de 6%.

Avec seulement 4,3% de son budget alloué à la santé, Haïti demeure loin des recommandations de l’OPS/OMS qui demande qu'au moins 15% des dépenses en santé doivent provenir du budget national.

Ces faibles niveaux d'investissement consacrés à la santé démontrent clairement le manque d'intérêt des différentes autorités qui se sont succédé à la tête du pays pour mettre Haïti sur les rails du développement durable.

Et pourtant, comment peut-on espérer un développement durable avec un système sanitaire aussi vilipendé et décrié sachant l'importance que revêt la santé pour une population?

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