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Quand les gouvernements utilisent du pain et des jeux pour zombifier

Auteur: Denis Douvens Castelly

Quand les gouvernements utilisent du pain et des jeux pour zombifier

Panem et circenses

Du pain et des jeux et le peuple sera content, il suivra aveuglément les lois des seigneurs dieux. Le peuple est-il content ? Assurément, il ne montre pas ses dents, il aurait honte, elles sont pourries. Du pain il en a partout, sous toutes ses formes, pour tous les goûts. Souvent même, il n’est plus à ses goûts et il faut en faire des cendres qui rempliront les déserts au lieu de les nourrir.

À vrai dire, l’homme a toujours eu un penchant pour le plaisir. À chaque fois, il en demande encore plus. Il cherche des divertissements de part et d'autre. Ce qui pousse Spinoza à dire que l’homme est un être essentiellement de désirs. Dans la Rome antique, le plaisir a été  très valorisé, la phrase suivante nous l'explique bien : « Ce qui fait notre vie ? Les bains, le vin, les femmes ». Cette  conception faisait l'affaire des empereurs et seigneurs qui ont su utiliser le divertissement comme arme  pour mieux profiter d'un peuple aveuglé par le plaisir : « Le peuple qui, autrefois, exigeait tous des empereurs, des consuls, des tribuns, est maintenant trop heureux d’avoir du pain, et il ne désire tout au plus que des spectacles ». D’où l’expression « du pain et des jeux ». Trop occupé par le plaisir,  le peuple ne réalise même pas s'il est mis hors du jeu politique. Pourquoi gâcher nos bons moments en suscitant des conflits, révoltes et soulèvements, se dit-il.  Et si l'on comparait cette situation de la Rome antique à celle d'Haïti aujourd'hui, cela ne devrait-il pas  nous dire quelque chose ?

En effet, depuis quelque temps, nous assistons à une manipulation à outrance de la masse. Sont déployées des stratégies qui maintiennent le peuple dans l’ignorance et la médiocrité. Ceux qui dirigent font appel à l’émotion et non à la réflexion. Ils font suivre des révoltes à la culpabilité, encouragent le peuple à se complaire dans la médiocrité  et les maintiennent dans l’ignorance et la bêtise. Pendant ce temps, que fait le peuple ?

Tandis que nous assistons à la recrudescence de l'insécurité dans tout le pays : augmentation des cas de criminalité, du nombre de personnes victimes de toutes les infractions possibles et imaginables, que fait le peuple ?

Tandis qu'une jeune fille poignardée par son copain le 1er janvier dernier au cœur de la capitale meurt faute de prise en charge, constituant ainsi la énième victime de cette triste catégorie  , tandis que la liste des victimes d'enlèvement se rallonge avec toutes les conséquences sociales, psychologiques que cela entraîne, tandis que d'aucuns peinent à manger, sombrent dans la folie, submergés par le fardeau de vivre en Haïti, que fait le peuple ?

Que fait le peuple ?

Il participe déjà, tous les dimanches,  aux activités pré carnavalesques, impatient de profiter des trois jours ingrats, non, gras. Les gens y sont par milliers, ils suivent passionnément des DJ qui leur en mettent plein les oreilles.

Une aubaine pour ceux qui dirigent ! Déjà, la Télévision nationale confirme qu'elle s'implique dans la retransmission de l'événement. Toute la machine est en branle pour la pleine réussite du carnaval. D'un regard et d'un ton hypocrite on dira: " N'est-ce pas ce que demande le peuple ?  Le peuple a parlé, j'ai noté, j’exécute, pour la bonne cause...

Comment ne pas donner raison au rappeur Blaze One qui souligne la triste réalité du pain et des jeux dans son titre « Alèz nan mizè » par ces phrases : « Gad ki jan yon ti pèp alèz nan mizè, nou pa kapab manje nou alèz nan mizè ». La misère est là,  partout, on la voit, on la côtoie, on la vit, on vit avec pourtant que fait le peuple ? Il a touché le fond du désespoir mais préfère y rester au lieu de manquer ces heures de plaisir, trop occupé à répéter les textes de chants d'un non-sens appliqué figurant sur une liste de lecture proposée par un dirigeant de haut rang,  fan pour l'occasion.

Loin est l'intention de culpabiliser le peuple, car, nous sommes arrivés là  à l'issue d'un long processus de manipulation. Mais il revient à se demander si ce n'est l'heure de se réveiller enfin d'un sommeil qui ne nous sera nullement bénéfique tant il provient d'une hypnose initiée par des secteurs bien spécifiques désireux de toujours avoir un peuple soumis en leur ôtant l'éducation pour leur donner à la place un morceau de pain, pour les privilégiés, et le divertissement. Pouvons-nous rester confortables dans l'inconfort ? Pourquoi vouloir chasser toutes celles, tous ceux qui veulent nous ouvrir les yeux, concrétisant à notre manière le mythe de la caverne ? Au lieu de s'adonner au plaisir dans un pays où tout va mal, il vaut mieux prôner un réveil. Un réveil qui nous fera connaître nos droits et qui nous poussera à les défendre. Un réveil qui nous incitera à nous unir pour construire un pays où il fait bon vivre. Un réveil qui nous permettra de prendre plaisir à regarder une société juste, où règne l'ordre, marquée par l'égalité devant la loi, le bannissement de l'impunité, de la corruption, de l'insécurité. Une société où l'on prend plaisir à manger tranquillement son pain tout en respectant les règles du jeu.

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