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Port-au-Prince : une ville aux fossiles vivants

Auteur: Herve Vincent

Port-au-Prince : une ville aux fossiles vivants

L'aire métropolitaine de Port-au-Prince fait face à des conditions de vie précaires générées par des faits en corrélation dont les retombées, à défaut d'un redressement urgent, s'avèrent fatales dans un avenir proche.

On définit les fossiles comme des débris, des empreintes d’animaux ou de plantes enfouies dans les roches et dont la plupart appartiennent à des espèces qui n’existent plus. Or, nous parlons de fossiles vivants, que doit-on entendre par là ? Sans faire de micro-trottoir, nous pensons que cela implique que les éléments biotiques (animaux et végétaux) que nous connaissons, et nous y compris, sont déjà morts à cause des conditions de vie inexplicables que connaissent ces éléments dans la ville de Port-au-Prince et que ces conditions devraient, à l’ère où nous sommes, être enfouies dans des strates très profondes de la terre. Ainsi, une fois sur la même longueur d’onde, pourrons-nous mettre à l’examen des situations qui affligent mais aussi qui infligent à de pauvres gens, appelés les damnés de la terre, des souffrances inouïes.

Si le « pays locked » retenait tout un chacun chez soi, la situation criante que connaît Port-au-Prince devrait en faire autant. En effet, les rues sont entassées sous des marres de boues composées de débris de toutes sortes et, pour le mieux, en détritus nauséabondes. Les effets des eaux sont partout visibles. La résistance des bancs d’asphalte, faits en mosaïques pour des raisons de précarité et de conservation d’une tiers partie des fonds alloués aux constructions des routes, a causé leur chute. On les voit alors planés sur des parties restées intactes tandis qu’ils laissent la place à des cuvettes destinées à de prochains accidents avant qu’on vienne y déposer de nouveaux restes de bétons.

Le plus alarmant de la série c’est qu’en plus de dégâts matériels, les pluies laissent derrière elles des morts jusqu’ici dénombrables. Mais, que sait-on des gens habitant les pentes sous des chaumes modernes où eux seuls fréquentent ? Et, dans le cas échéant, comment s’y rendre puisque les voies de transports du pays sont également frappées. Un mercredi, des étudiants de Carrefour de ma promotion sont arrivés à 12 heures alors que leur premier cours avait lieu à 8 heures. Ils doivent bientôt repartir pour espérer arriver chez eux le plus tôt à minuit si la situation persiste et, demain, ils doivent revenir à 7 heures. Quelle vie !

Par ailleurs, ces tas de boues qu'on respire, traînent sans doute après eux des maladies qui attaquent tout le système humain déjà infesté par des eaux pourries, ce problème qui est survenu au fait que les canaux ne sont pas drainés. Comme dans tout mélange, un composant peut être dominant. D'où une odeur pure de matières fécales domine. On dirait une manifestation de défécation d’extra-terrestres à travers une pluie nocturne. Quel malheur !

En dépit de la gravité de la situation, certains doivent quand même s'acheter un "chen janbe". Dans ce fameux restaurant fait de tissu, qui se trouve sur le trottoir, des fossiles s’accumulent. De plus, la concurrence est grande et on court le risque de ne pas trouver une place si on n'est pas à l'heure puisque les restaurants sont pour ceux-là qui, s’ils n’ont pas un boulot, participent à la dilapidation des fonds Petrocaribe.

Malgré tout, on vous demande de sortir, chose que le français même dans un esprit de fierté n'exigent pas à son chien.

On vous dit d’aller à l’école puisque c’est là la seule source de réussite. Oui, on peut réussir ! Mais, peut-on réussir en étant fossiles ? Or, on exige à nos hommes politiques d’avoir une seule nationalité. Plusieurs se demandent si cette décision ne fait pas accéder au pouvoir des hommes qui, aux moindres offres et avantages, oublient le peuple pour qui ils devraient travailler. Certes, une seule nationalité ne fait pas de quelqu’un un ignorant des avancées technologiques et des droits de l’homme et du citoyen.

Tout ceci montre combien on est vulnérable, et surtout, à la capitale. Si des gens ont marre de la situation et la décrivent de toute leur force, d’autres au contraire, n’y prennent point garde prétextant qu’ils ne veulent pas atteindre la folie. L’on se demande s'il y a une folie plus alarmante que lorsqu'on ne se rend pas compte d’une telle situation et que si, on le dit avec réserve, ce n’est pas signes et symptômes des maladies causées par ces situations que nous vivons depuis il y a bien des temps ?

Encore aujourd’hui, les gens espèrent. Ils espèrent comme ils l’ont fait en attendant une victoire des grenadiers qui ont tant donné (tout comme ces policiers espéraient en finir avec les bandits à Village de Dieu). Ils espèrent que les choses pourront changer et que le pays connaitra des jours heureux. Mais cette espérance ne doit pas nous aveugler dans l’inactivité face à un système qui ne donne rien sinon que ce que nous possédons, la misère.

Oui, le pays est malade et Port-au-Prince est la partie la plus touchée par cette maladie. Il y a donc urgence pour l’État d'assumer ses responsabilités. Il y a aussi urgence pour le peuple d’exiger à l’État de prendre ses responsabilités. La passivité face à ces situations ne fait que les aggraver. Oui, il faut agir. Et, si cette action implique des pertes regrettables, qu’elle donne de penser à un futur dont les attachements seront aptes à nous épargner à de telles catastrophes. Il faut éviter de passer de fossiles vivants à des fossiles à proprement dits. Car, les cris de plus d’un montrent qu’au point où ça va, on risque de se porter comme un verre en porcelaine, si on ne l’est pas encore.

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