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Le Vodou haïtien, entre marginalisation collective et irresponsabilité de l'État

Auteur : Semilien LOUISIUS

Le Vodou haïtien, entre marginalisation collective et irresponsabilité de l'État

Originaire de l'ancien royaume du Dahomey, actuellement Bénin, Afrique de l'ouest, le vaudou est une réligion d'ordre cosmique issue des cultes animistes africain, parfois il est décrit comme une culture, une philosophie, une tradition, un simple rituel, un art entre autres.

Avec la traite négrière ou le commerce triangulaire le culte du vaudou s'est très vite étendu en  Amérique et aux Caraïbes  notamment à Saint Domingue,  ancienne colonie française à partir du XVIIe siècle. Ce dernier se caractérise par la possession provisoire d'un individu par des esprits (loas, lwa), la croyance dans les morts vivants, le don de guérison...

Pour conserver leur  identité, rester connecté à leur terre et leur culture ancestrale, les esclaves pratiquaient  clandestinement le vaudou,  considéré comme factieux par les colons. Plus tard soit le 14 août 1791, avec la cérémonie du bois-Caïman, il devint le catalyseur de l'insurrection des esclaves de Saint-Domingue le soir du 22 au 23 août de la même année selon certains historiens.

Malgré son rôle stratégique dans la lutte contre le système esclavagiste de l'époque, plusieurs gouvernements ont ou du moins essayé de bafouer le vaudou, symboles de résistance contre l'esclavage et croyances religieuses des ancêtres. À titre d'exemple:‌‌ Le président Fabre Nicolas Géffrard, qui avait signé le concordat avec le Vatican en 1860 a non seulement interdit les activités  vaudouesques sur l'étendue du territoire national mais aussi a  saisi tous les instruments  relatifs à cette pratique . Les faisant arrêter, toutes  adeptes de la dite religion étaient aussi emprisonnés.

Sous le gouvernement d'Elie Lescot, le vaudou était au centre de la campagne anti-superstitieuse du président. Aveuglé par le  catholicisme les gouvernements de Cincinnatus Leconte, Tancrède Auguste ont eux aussi lancé une chasse aux sorcières  acharnée contre les vaudouisants.

Par ailleurs, François Duvalier, dit papa Doc, ayant détenu  le pouvoir entre 1957 et 1971, n'a pas raté l'occasion d'utiliser les frayeurs que le vaudou peut avoir pour accroître son emprise sur la population. Pour se rendre encore plus important, il va jusqu'à se  prétendre hougan et associe son image à Baron Samedi  lwa des morts selon  le journaliste français Gérard Conreur .

Note: Dans le vodou haïtien, le Baron Samedi effraie beaucoup. Il est représenté vêtu d'un costume de soirée, d'un chapeau haut de forme de couleur noir avec du coton dans les narines.

À la mort du président américain John Fitzgerald Kennedy, papa Doc déclare que "l'assassinat du président  était un sort qu'il lui avait jeté". Contrairement à plusieurs  de ses prédécesseurs, Duvalier avait une culture du vaudou.  C'est bien peut être ce qui explique son attachement à l'ethnologue Lorimer Denis vers les années quarante.

Il faut noter qu'il a fallu la réélection  du docteur Jean Bertrand Artiste aux élections du 26 novembre 2000 pour doter le vaudou d'une reconnaissance légale par un arrêté présidentiel  publié le 4 avril 2003. Celui-ci a  fait du vaudou une réligion à part entière et qu'on  ne doit en aucun cas confondre à une pratique superstitieuse et  le place sous la protection des lois et institutions du pays au même rang et titre que toutes les autres religions reconnues par l'État haïtien.

Ainsi, le chef  du culte vaudou peut officier les cérémonies de mariage, de baptême et funérailles au même titre que les prêtres catholiques, les pasteurs protestants selon les directives de  l'article 5 du dit arrêté.

Aujourd'hui,le vaudou réunirait plus de 50 millions adeptes de l'Amérique jusqu'en Afrique, pourquoi tarde-t-il à convaincre ses détracteurs?

Avec l'arrivée de nouvelles religions en Haïti, le vodou sera-t-il un jour accepté comme une religion à part entière ou même nationale?

L'État haitien n'est-il pas responsable dans la maginalisation du culte vodou?

L'intégralité de l'arrêté présidentiel du 4 avril 2003.

Arrêté Présidentiel du 4 avril 2003 :
« Vu les articles 30, 30-1, 30-2, 136, 234, 236 et 297 de la Constitution ;

Vu la loi du 16 juin 1971 sur les rapports entre l’Etat Haïtien et les Cultes réformés ;

Vu le décret du 18 octobre 1978 réglémentant l’exercice des Cultes réformés ;

Vu le décret du 5 août 1987 organisant le Ministère des Cultes ;

Considérant que le vodou, Religion ancestrale, est un élément constitutif essentiel de l’identité nationale ;

Considérant qu’il est du devoir de l’Etat de protéger le patrimoine culturel de la Nation ;
Considérant le développement croissant des organisations et associations issues du vodou ;

Considérant les efforts de structuration institutionnelle manifestés par les vodouisants représentant une portion considérable de la Population haïtienne ;

Considérant la participation des vodouisants à la formation sociale, politique et morale du Peuple haïtien ;

Considérant qu’il convient d’intégrer l’action du vodou dans le cadre de la philosophie de justice sociale et d’Etat de droit prônée par le Gouvernement ;

Considérant qu’il appartient à l’État de poser les bases indispensables à l’établissement de rapports harmonieux et juridiques ;

Considérant qu’il importe de prendre les mesures qui conviennent, pour éviter toute tentative d’inquisition et d’exclusion, pour sauvegarder l’intégrité nationale, défendre les intérêts généraux de la République, promouvoir l’ordre, assurer la paix et le bien-être de toute la population ;

Sur le rapport des Ministres concernés et après délibération en Conseil :

ARRÊTE
Article 1.- 
En attendant une loi relative au statut juridique du vodou, l’Etat haïtien le reconnait comme religion à part entière, devant remplir sa mission sur le territoire national en conformité à la Constitution et aux lois de la République.

Article 2.- 
Tout chef de culte vodou, responsable de temples, de hauts lieux sacrés, d’organisations ou d’associations, est habilité à faire une demande de reconnaissance auprès du Ministère des Cultes.

Article 3.- 
La reconnaissance accordée par le Ministère des Cultes a pour effet particulier de solliciter de toute autorité constituée aide et protection.

Article 4.- 
Les temples, hauts lieux sacrés, organisations ou associations du vodou, jouissant des droits et prérogatives attachés à leur fonctionnement, peuvent obtenir un soutien qualitatif de l’Etat.

Article 5.- 
Le chef de culte vodou, responsable d’un temple ou d’un haut lieu sacré, peut être invité à prêter serment par devant le doyen du Tribunal Civil de son ressort. Une fois assermentés, les Chefs de culte vodou peuvent être habilités à célébrer baptêmes, mariages et funérailles.

Article 6.-
Le présent arrêté sera publié et exécuté à la diligence des ministres concernés.

Donné au Palais National, à Port-au-Prince, le 4 avril 2003, An 200ème de l’Indépendance.

Par le Président : Jean-Bertrand ARISTIDE »

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