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Le TRAP, la nouvelle tendance qui fait bouger le corps et qui tue l’âme

Auteur: John Gerald Stanley Mervil

Le TRAP, la nouvelle tendance qui fait bouger le corps et qui tue l’âme


La musique, outre le fait d’être l’art de combiner des sons d’une manière agréable à l’oreille, participe à l’éducation d’une communauté. Car elle a le pouvoir de faire danser, d’influencer, mais aussi de former. Cependant, avec l'apparition de nouveau genre sur la scène musicale haïtienne tel que le « Rabòday » succédé par le «TRAP» l'on constate une décadence dans les textes dans le fond comme dans la forme par rapport aux autres qui les ont précédés et du coup, l'effritement des valeurs au sein de la nouvelle génération se fait sentir.

Aristote nous dit « La nature a horreur du vide ». Ainsi, à défaut d'un système éducatif visant la formation humanitaire des enfants et jeunes haïtiens et face au laxisme des autres institutions qui devraient s'en charger comme cela se faisait auparavant telle que la famille, l'église. La population juvénile et infantile haïtienne se font instruire et malheureusement, c'est à travers des genres musicaux qui ne conviennent pas l’évolution sociétale. Par conséquent, ce qu'on disait être «l'avenir» n'inspire rien de bon.

La musique chez l'Haïtien, une connexion innée

La musique et l'Haïtien sont deux choses intrinsèques. Tellement vrai, du temps de l'époque coloniale, la petite histoire raconte que les ancêtres ne s'en préservent jamais. De ce fait, aujourd'hui encore elle joue un rôle important dans la vie quotidienne de ce peuple et on en compte plus d'une dizaine de rythmes sur le terroir. Et chacun a fait leurs apparitions de manière différente. Certains qui ne sont presque plus d'actualité notamment le « Reggae »; et d'autres qui sont en voie de disparition comme le « Rap » qu'on entend  presque plus, mais succédé par le TRAP qui est un cousin proche, mais qui se diffère à bien des égards.

L'on dit qu'aucune civilisation n'est statique donc, elle est évolutive. Ainsi, elle fait connaissance  à  de nouvelles choses pareillement pour la découverte de nouvelles genres musicaux, ceux qui étaient d'actualité peuvent ne plus l'être et parfois la naissance d'un nouveau peut être la résultante d'une situation sociale. À titre d'exemple, le Gospel qui est originaire des États-Unis d'Amérique fut l'expression des Ségrégationnistes, comme le Rap en était aussi un moyen pour les artistes haïtiens, de peindre à travers des mots leur haine, leur mépris face à la situation du pays, mais aussi de faire l'éloge de leur terre toutefois très décrié à un moment.

Paru dans les années 1980 grâce au chanteur et animateur de radio George Lys Herard, dit Master Dji, le pays avait fait la rencontre avec un nouveau son, ledit «Rap». Accoutumé avec le compas qui a une fréquence différente par rapport à l'héritage de Master Dji, il n’était guère apprécié. Par contre, il avait fini par se frayer un chemin et trouver sa place au sein de la société haïtienne. Et comme résultat, plusieurs grands groupes issus de cette nouvelle tendance dans le temps ont imprégné le cœur des Haïtiens tel que « Original Rastaf ». Mais l'un des groupes mitigés fut Masters qui a mené un combat contre la misère et l'ingérence internationale" parmi ses nombreux tubes il y a eu « yon ti chans » dans lequel il exige à la communauté internationale de prendre ses responsabilités ou de laisser le pays. Juste après, il y a eu "Barikad Crew" et « Rockfam lame a » qui jusqu'à date font sensation dans le pays.

Mais parmi les nombreuses particularités qu'à cet air, il avait fait renaître la poésie en créant une nouvelle forme, car l'on retrouvait dans les textes du rap des rimes versifiées, les mélodies étaient envoûtantes et la tonalité des voix était mélodieuse. Le disque « Goumen pou sa w kwè » en est l'exemple avec des tubes qui ne passeront jamais dans lesquels la poésie, les conseils, les douces vibrations des voix étaient au rendez-vous. En revanche, celui-ci n'était pas le seul leur groupe rival n'en était pour le moins absent avec un titre comme « Jodi pa demen » de Rockfam, face avec les vicissitudes de la vie l'on avait une chanson à écouter pouvant nous aider à tenir bon. Ce que plusieurs, unanimes pour dire, c'était la belle époque.

Mais malheureusement, l'industrie musicale haïtienne ne produit presque plus ce genre d'album ou de son avec l'arrivée du Rabòday. Certes, cette dernière savait comment faire bouger le corps sans même le vouloir, mais à quelle fin puisque s'il y a une à retenir mis à part sa capacité de faire danser, il faisait aussi mal en dénigrant les jeunes filles haïtiennes. Et remplacé par le Trap qui est la nouvelle tendance, les choses vont de mal en pis. Puisque les sons qui sont populaires parfois ne sont pas à même de faire danser, car ils sont pour le moins mélodieux et pires les sujets traités, on n'en peut tirer rien de bon et font encore plus de promotion pour l'immortalité et la décadence des valeurs.

En ce sens, nous sommes dans la peine d'imaginer ce qu'il adviendrait d'une société où ces genres de son font écho dans les milieux ruraux. Devrait-on parler d'un Ministère de la culture ? Si oui, quel devrait être son rôle, défendre ou s'accommoder aussi ?

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