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Le plombier, un agent de développement, de santé ou simple Bayakou ?

Auteur: Semilien Louisius

Le plombier, un  agent de développement, de santé ou simple Bayakou ?

Ce 11 mars 2021 nous ramène à la célébration de la journée mondiale de l’un des plus nobles métiers dont le rôle principal est de faciliter la vie en société tout en rencontrant certains besoins physiologiques.

Créée en 2010 par le Conseil mondial de la plomberie, cette journée est une occasion pour réfléchir à des moyens pouvant aider aux 650 millions de personnes qui n'ont pas accès à l'eau potable et à ceux dont les conditions hygiéniques sont précaires et profiter du même coup pour commémorer le professionnalisme des plombiers qui ne cessent de travailler pour améliorer le quotidien du globe.

Issue du mot latin Plumbum qui signifie plomb (élément métallique utilisé pour la conduite des fluides, ce métal étant malléable à fondre une fois chauffé à 273 degrés Celsius), la plomberie désigne l’ensemble des techniques utilisées pour faire circuler des fluides tel que l’eau ou les gaz dans différentes zones d’une installation.

L’idée de la plomberie existait depuis le Moyen-Âge dans les villes médiévales si on considère les canalisations en cuivre, poterie, bois et même le système aqueduc (ouvrage destiné à amener l’eau depuis sa source dans une ville pour la consommation) qu’utilisaient les ordres (bellatores, nobles…) de l’époque. Malgré l’influence de plusieurs empires comme Babylone (système aqueduc), Égypte (système irrigation), Grèce (Pompe à vis), Rome (système d’égout) il a fallu attendre jusqu’en 1652 pour que le thème plomberie prit naissance avec le savant suisse Wilbeak puis propulsé par Antoine Aquilla un savant français en 1669. Elle est divisée en plusieurs spécialisations comme : plomberie sanitaire (domestique), plomberie industrielle (le chauffage central), zinguerie (zingage) etc.

Un plombier est non seulement un technicien qui diagnostique, fait des entretiens, réalise des installations, réparations entre autres, il est aussi un écologiste, un agent de santé et de développement qui œuvre dans le but de faciliter la vie de sa communauté.

Si dans les autres sociétés ces derniers sont perçus comme le décrit les phrases précédentes, en Haïti les qualificatifs sont plutôt négatifs et laissent à désirer. Que par ignorance ou par moquerie, les professionnels de la plomberie font toujours l’objet de stigmatisation de part et d’autre dans le pays quand ils ne sont pas désignés comme des vidangeurs, ils sont réduits à la plus simple expression du terme.

« Quand j’étudiais la plomberie chez les frères Salésiens de Don Bosco en 2014-2016, ceux qui optaient pour d'autres disciplines nous appelaient souvent Bayakou moderne pour nous rabaisser» se souvient Jean Michel Didier, qui prône une campagne nationale à l’occasion de cette journée internationale pour expliquer aux gens l’importance d’un plombier dans une société, tout en insistant sur le rôle que pourrait jouer une instance (ordre) de régularisation de ce métier dans le pays. « Un plombier n’est pas un Bayakou », a martelé le professionnel qui apporte même son soutien à ces derniers qui font un travail extraordinaire dans l'ombre.

« À l’heure actuelle, dans le monde, une personne sur dix n’a pas accès à l'eau potable et 1 sur 3 ne dispose pas de toilettes et de nombreuses personnes meurent chaque année à cause des mauvaises conditions sanitaires dans lesquelles elles pataugent », nous explique Masson Patrick, professeur de plomberie et d’électricité. Le 11 mars doit être une journée de réflexion afin de trouver une solution pour déconstruire les stéréotypes malsains qui entourent la profession, poursuit le technicien qui profite de l'occasion pour dénoncer l’hypocrisie de certains professionnels vis-à-vis des plombiers.

Si aujourd'hui je suis arrivé à gagner ma vie c'est grâce à la plomberie, laquelle est le premier à me fournir de quoi pourvoir à mes besoins. De plus, je suis un professionnel qui obtient le respect des autres. J'en suis fier, s'exalte Robinson Adnis,qui n'a pas raté l'occasion pour souhaiter un heureux anniversaire aux plombiers.

« Le 11 mars est pour moi une journée spéciale car elle me rappelle que je suis plombière et j’ai ma contribution à apporter dans le développement de mon pays » a fait savoir Althana Jean, technicienne en plomberie sanitaire depuis tantôt 6 ans qui se veut une modèle pour les jeunes filles/femmes désirant apprendre ce métier qu’elle chérit depuis son plus jeune âge. Plus loin, elle plaide en faveur d’adoption d'un code déontologique conventionnel afin d’éradiquer certaines dérives dans le domaine.

Malgré les contraintes, les moqueries, l’incompréhension de certains, tous les techniciens que nous avons contactés dans le cadre de la rédaction de cet article se disent être fiers d'exercer un tel métier qui est d’ailleurs l’un des plus anciens du monde. Toutefois il reste à déterminer la meilleure  technique afin d’être de bon agent de santé et d'environnement comme le veut leur mission phare.

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