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Le civisme, une notion pratiquement inexistante en Haïti

Auteur : Joame BAPTISNÉ

Le civisme, une notion pratiquement inexistante en Haïti

Au fil des années, force est de constater la dégradation effrénée du civisme dans la société haïtienne. L' haïtien fait incessamment face à une panoplie de problèmes notamment injustice, insécurité, instabilité politique, famine, non-accès aux besoins primaires ainsi le patriotisme meurt à petit feu, le civisme quant à lui n'existe plus, il n'est plus question de fierté mais de résignation, plus question d'amour mais de frustration.

Le civisme désigne le respect, l'attachement et le dévouement du citoyen pour son pays ou pour la collectivité dans laquelle il vit. Plus généralement, il est le dévouement pour l'intérêt public, pour la "chose publique". On est respectueux vis à vis des biens de l'état, on maitrise du bout des doigts, ses droits et ses devoirs, on protège les institutions et les matériels publics, on conserve des patrimoines, on défend bec et ongles des valeurs civiques intrinsèques à chaque citoyen.

En effet, le civisme nécessite une "conscience politique" et implique la connaissance de ses droits en tant que citoyen ainsi que de ses devoirs vis-à-vis de la collectivité. En plus, on est en parfaite harmonie avec son environnement, un symbiose se développe entre l'acteur social et le milieu dans lequel il évolue.

Il y a également le “Service civique” qui est une initiative qui repose sur deux valeurs fondamentales de la société : l’engagement et le civisme. Elles doivent inéluctablement être cultivées dès le plus jeune âge à la famille et ensuite à l’école.

Toutefois, en offrant aux jeunes la possibilité de s’engager dans l’intérêt général, le service civique prolonge l’œuvre d’éducation des citoyens qui est celle de l’école. Il donne à l’apprentissage du civisme un horizon concret, au service de la société, ce qui malheureusement n'existe pas en Haïti, d'où l'absence accru du civisme.

Et pourtant, le civisme est une valeur essentielle pour toute société. L’engagement qu’il suscite est souvent un tournant pour toute une vie. Il mérite également d’être valorisé pour devenir une étape gratifiante dans un parcours scolaire, universitaire et professionnel. L'homme ne devient homme que par éducation pour reprendre Kant, il s'avère donc primordial qu'il soit aussi inculqué d'une éducation civique, si vraiment il est appelé à devenir un citoyen conséquent. En Haïti, on compterait sur les doigts d'une main le nombre d'école qui offre encore une éducation civique, de surcroît le fameux livre civisme et moral est porté disparu dans les listes annuelles de fournitures classiques.

Mais, il serait en effet tentant de faire du civisme une obligation de moralité pure, car le civisme est naturel et volontaire, on est libre et en l'exerçant on le devient encore plus. Il est différent du droit, on y est pas contraint, certes mais il s'inscrit dans une démarche éthico-morale et fait appel à la conscience morale, au patriotisme, à l'amour propre qu'on porte à son pays.

En somme, le civisme est une forme d'attachement du citoyen pour sa patrie, sa nation, sa cité, bref la société dans laquelle il vit, le milieu auquel il appartient,  qui se manifeste par sa participation à la vie sociale, environnementale et politique. Alors comment pourrait-on parler de civisme face à la participation négligeable des électeurs aux scrutins, face à l'absence de solidarité chez les Haïtiens, de l'irrespect des valeurs et principes moraux, de graves violations des droits et de la dignité humaine.

Cependant, le sociologue Pierre Bourdieu considère à raison qu'un bon citoyen doit faire preuve à chaque instant,  de sa citoyenneté, ainsi on pourrait espérer mettre un terme à la décadence du civisme en Haïti,  car ce dont il est certain à chaque fois qu'on  perd en civisme on gagnera à coup sûr en banditisme.

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