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La migration de la jeunesse haïtienne vers l’extérieur, entre mauvaise gouvernance et la recherche d’un mieux-être

Auteur : Semilien LOUISIUS

La migration de la jeunesse haïtienne vers l’extérieur, entre mauvaise gouvernance et la recherche d’un mieux-être

Chaque année, plusieurs centaines de milliers de jeunes haïtiens désertent leur famille. Ils sont en quête d’une vie  meilleure (el Dorado) dans  de nombreux pays du globe notamment le Brésil, l’Argentine, le Chili entre autres, ces dix dernières années. Qu’est ce qui pourrait bien  être  à la base de la migration de la jeunesse haïtienne  considérée par plus d’un comme la  réserve nationale du pays  vers l’étranger ? Ont-ils tout simplement  le ras-le-bol  de la situation politico-socio-économique désastreuse du pays?

Si pour certains la migration des cerveaux haïtiens en terre étrangère est l’une des  conséquences de la dégradation de la Gourde face au Dollar américain ainsi que les crises politiques qui gangrènent  le pays, ces derniers temps, d’autres sont plus perplexes sur la question.

Dans un article de loophaiti.com publié le 18 décembre 2017, le géographe Gorges Anglade raconte que le pays a connu trois grandes vagues de migrations. En tout premier lieu, le départ des compatriotes vers la république Dominicaine et Cuba vers la fin du 19e siècle et le début du 20e siècle (cause instabilité politique). Suite à  la dictature instaurée par les Duvaliéristes, une deuxième  vague de migrants se sont dirigés  aux Etats-Unis, au Canada, en Afrique, en Europe et dans d’autres pays de la région vers les années 1970. La troisième vague serait liées au terrible tremblement de terre  du 12 janvier 2010 qui a secoué le pays selon monsieur Anglade. Et c’était au tour de l’Amérique du Sud d’ouvrir ses frontières pour accueillir la jeunesse haïtienne  qui fuit la misère, l’instabilité politique, l’insécurité…

Dans une intrevue exclusive accordée à la rédaction de Entretien 2000, madame Géralda Sainville, responsable de communication du groupe d’appui aux rapatriés et au refugiés (GARR) croit que la migration des compatriotes vers l’Amérique du Sud constitue en premier lieu une quête d’un lendemain meilleur mais aussi un moyen de transit (Brésil, Equateur, Mexique) vers l’Amérique du Nord principalement les Etats-Unis même si leur vie en dépende. Néanmoins, Mme Sainville se montre préoccuper de la situation de précarité  des ressortissants haïtiens en Amérique du Sud (Langue, Climat etc.).

Dans ses analyses sur les principales causes de la troisième vague migratoire à laquelle nous assistons depuis tantôt 10 ans, la responsable de communication de GARR met l'accent sur la situation socio-économique boiteuse  du pays et croit que la recherche d’un mieux-être même  au  péril de leur vie demeure  la principale motivation des  jeunes immigrés haïtiens que ce soit dans les autres Antilles de la région ou n’importe quel autre continent de la planète. Selon la déclaration universelle des droit humains et  plusieurs conventions ou pacte  internationaux  pour les droits civils et politique, la migration est  un droit à part entière. Par ailleurs, la migration de cerveau, de jeunes entre 18 à 40ans  peuvent être  fatale pour la société poursuit madame Sainville, qui profite de  l’occasion pour attirer l’attention sur le trafic d’organe que subissent les migrants irréguliers et encourage l’Etat haïtien à œuvrer (accord migratoire  bilatéral) pour garantir le droit des migrants haïtiens.

Bien qu’il n’existe aucun chiffre officiel sur le nombre de migrant haïtiens à travers le monde, le démographe uruguayen  Gabriel Bidegain dans une recherche effectuée sur le nombre d’haïtiens vivant à l’étranger pays par pays  intitulée «Les Haïtiens qui sont partis, combien sont-ils? Où sont-ils?»  En se basant sur des données recueillies dans des organismes spécialisés  dans la migration et de recensement (CELADE, IHSI, UNFPA) et sur la fécondité (Données recueillies par EMMUS IV) des femmes haïtiennes immigrées écarte la possibilité d’avoir entre 1.2 et 1.8 millions et parfois entre 3 et 4 millions haïtiens en terre étrangère comme l’estime plusieurs personnes.

La jeunesse haïtienne et la migration

Joint par téléphone, Edson Innocent, un  jeune guitariste de 23 ans a fait savoir qu’il a laissé le pays  en novembre 2017 afin de réaliser ses rêves. « Il n y a aucun encadrement pour les jeunes en Haïti, la jeunesse est livrée a elle-même », a  avancé le jeune chanteur qui  espère vivre une nouvelle vie et accomplir des exploits en terre étrangère.

« J’ai grandi en république Dominicaine, puis retournée au pays en 2012  pour contribuer au développement du pays après le séisme », a déclaré l’actrice Rachelle Isabella Baltazar, âgée de 29 ans ». Elle raconte vouloir faire carrière dans le cinéma haïtien, mais vue la situation politique du pays 5 ans après son retour elle a dû repartir pour la république voisine, qui selon elle offre de meilleures opportunités aux jeunes.  Plus loin, madame Baltazar pense que le départ massif des jeunes pour l’étranger est le résultat de la mauvaise gouvernance des autorités du pays. Toutefois, elle reste optimiste  pour une nouvelle Haïti et souhaite retourner un jour pour investir dans l’économie nationale.

« La migration des jeunes  vers l’extérieur n’est autre que le résultat d’une politique anti-jeunesse, que nous constatons dans le pays depuis plus d’une trentaine d’années », selon ce qu’a fait savoir le journaliste Jocelyn Pierre et étudiant en histoire et géographie a l’école normale supérieure de l’université d’Etat d’Haïti (UEH). Monsieur Pierre déclare  et nous citons: « Aujourd’hui les jeunes sont fatigués du terroir où leur avenir est certainement incertain. La plupart des jeunes se sentent  locataires dans leur propre pays». Malgré la défaillance du système éducatif, nous nous sommes formés pour donner une lueur d’espoir à la nation mais cela n’a pas empêché  que nous sommes les plus maltraités, a-t-il conclu.

En effet, l’immigration haïtienne a toujours été motivée tout  d’abord par la recherche d’un mieux-être et engendre souvent des risques pour échapper à la crainte   économique ou pire , la mort par exemple. Il serait malhonnête d’ignorer les impacts des aléas politiques sur le phénomène migratoire haïtien. Ce qui nous amène à de nombreuses interrogations sur la volonté manifeste de nos dirigeants face à ce fléau qui ronge les profondeurs de la nation qui n’en peut plus.

Que faut-il encore à l’Etat haïtien pour élaborer un plan d’encadrement pour aider les jeunes cadres de la patrie en considérant les jeunes migrants qui disent vouloir venir investir dans l’économie haïtienne?

Nos politiciens ne devront-ils pas travailler pour la stabilité politique au lieu de chamailler jour et nuit sur les places publiques ou dans les medias?

Et enfin, comment éviter une quatrième vague de migration de cerveau dans la gueule du loup (Les impérialistes)?

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