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Légalisation de l'avortement, entre immoralité et protection du citoyen.

Auteur: John G. Stanley Mervil

La légalisation de l'avortement, entre immoralité et protection du citoyen.

L'interruption volontaire de grossesse en Haïti n’est inconnue de personne. Cependant, sous  prétexte religieux et culturel, les gens s'y adonnent clandestinement dans le silence complice de l'Etat. Ce phénomène fait pourtant rage et cause des dégâts considerables.

Par manque de moyens de consulter un professionnel, les personnes ont parfois recours à l'auto-avortement, ou se rendent chez un charlatan. L'utilisation des médicaments, des traitements naturels et même de certains appareils sont entre autres des méthodes utilisées. Par conséquent, ces personnes font face à divers risques, mais ces deux sont majeurs : hémorragique et infectieux.

Dans un pays où la majorité de la population vie dans des conditions précaires, donner naissance à un enfant représente un défi considérable. Et avec l'éducation de la population qui n'est pas faite, sans oublier les responsables religieux qui  font croire que l'utilisation des méthodes de contraception est un pêché, et des stéréotypes à ce sujet, les gens font le sexe sans protection. Certaines jeunes filles par peur qu'on les force à se marier ou les adultes qui ne veulent pas avoir une autre bouche à nourrir préfèrent l'avortement.

Tout au long du mandat du président Jovenel Moïse qui a voulu changer la constitution de 1987, plusieurs décrets ont été pris. Par contre, celui en faveur de l'avortement a  été si décrié que le pasteur et chanteur Delly Benson, mécontent, a même  exigé  le départ du président, lors d'une manifestation populaire. Dès la publication du décret, le secteur protestant avait foulé le macadam, puisque d'après les chretiens, se débarrasser d'un fœtus est un péché. Mais, compte tenu de toutes les responsabilités que ça implique, mettre au monde un enfant, cela ne va-t-il pas au-déla du devoir de croisser et de multiplier à  tout prix la terre comme certains dirigeants religieux le font croire?

Danger et conséquence d'un avortement sans la présence d'un médecin.

Lors de notre enquête, un médecin généraliste qui a déjà pratiqué plusieurs acouchements, nous révèle  qu'en plus de son interdiction par la loi, sa  foi chretienne ne lui permet pas de pratiquer  l'interruption volontaire de grossesse. Cependant il met en garde contre les dangers de l'auto-avortement et conseille aux concernées de consulter un personnel qualifié puisque cette pratique, négligée par l'État haïtien, les expose à deux grands risques majeurs: hémorragie et infection.

Quand une personne est tombée enceinte, nous explique-t-il, l'emplacement même du fœtus étant la matrice, est liée avec le placenta qui lui-même est associé avec le cordon ombilical qui sert à nourrir le fœtus. Lors de l'interruption l'un des risques peut être l'évacuation incomplète du placenta. Et l'artère utérine qui se chargeait de nourrir l'œuf peut penser que celui-ci est encore présent et continuer son processus. Ce qui conduira plus tard à une hémorragie puisqu'il n'y plus de récepteurs. C'est pourquoi, en absence d'un médecin, l'avortement peut être mortel. Et même en présence de celui-ci, quand l'hémorragie persiste, s'il n'arrive pas à la stopper, il procède généralement à une hystérectomie thérapeutique de la matrice d'où l'une des raisons qui cause la stérilité chez certaines femmes après un avortement.

Pour le risque infectieux, il nous apprend que  l'utilisation d'outil non stérilisé et la pénétration de comprimés dans le vagin sans l'usage d'un gant stérilisé, sachant que le vagin est plus propre que la bouche, Ça peut causer une infection au niveau de la matrice ou de la voile qui enveloppe le bébé. L'infection peut se propager dans l'organisme et crée une septicémie.

Par ailleurs, le médecin a attiré l'attention sur la prise d'antibiotiques sans avis médical, ce qui peut conduire l'organisme à une résistance et rend les infections bénignes.

Dans un pays où les besoins primaires des enfants ne sont pas respectés, et la population qui vit au seuil de la pauvreté, devrait-on interdire ou plutôt encourager malgré les risques?

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